DR DRE : COMMENT GAGNER 3 MILLIARDS ET DEVENIR CULTE ?

 
Franck :

Bienvenue dans cette interview. Ça tombe bien parce que je voulais en faire une depuis un moment sur Dr Dre et tant qu’à faire, je me suis dit : autant faire appel à un spécialiste du sujet, à Driver. Salut Driver, comment tu vas ?

Driver :

Très bien et toi ?

Franck :

Ça va, super. Donc, c’est pour ça aujourd’hui que j’ai fait appel à toi parce que je me suis dit : je regarde sa chaîne YouTube, je suis un grand fan de sa chaîne YouTube. Oui, je suis fan. Les gens disent souvent : il ne faut pas dire qu’on est fan. Moi, je suis fan et je le dis. Je regarde beaucoup son émission qui s’appelle « Roule avec Driver ». Je vous invite à regarder ses vidéos si vous êtes fan de hip-hop.

Driver :

Bienvenue dans Roule avec Driver un jeudi de plus, ce n’est pas un jeudi de trop.

Franck :

Regardez ses vidéos. Non seulement il apporte beaucoup de fond, mais en plus, il y a un style aussi, Driver. C’est très sympa à regarder. Je mettrais bien évidemment le lien de sa chaîne YouTube juste en dessous pour ceux qui veulent aller voir tes vidéos. Je conseille particulièrement, là, on va aller nicher le truc, c’est un spécialiste de la West Coast pour ceux qui savent. Écoute, on va rentrer directement dans le vif du sujet, si tu veux bien. Aujourd’hui, on va parler de Dr Dre.

Dr Dre, c’est un producteur, un rappeur, un homme d’affaires aussi, qui a changé l’histoire de la musique. On ne peut pas le nier, et ce, durant plusieurs décennies. C’est ça qui est aussi fort. Est-ce que tu peux nous dire comment a débuté Dr Dre ?

Driver :

Dr Dre, déjà à la base, c’est un DJ. On oublie souvent de le dire dans ses multicasquettes, mais c’est un DJ qui opérait en boite de nuit ou ce qu’ils appellent : les Houses Party, les soirées, appartement. C’est quelqu’un qui a une collection de vinyles, qui adorait mettre la musique pour que les gens dansent. À force d’en écouter et d’en jouer, de la musique, t’as envie d’en faire. Il est rentré dans un groupe qui s’appellent les World Class Wreckin’ Cru, où il y avait DJ Yella, qui sera son comparse dans NWA plus tard.

C’était plus un groupe d’électrofunk, ils faisaient ça, ils avaient des tenues assez dingues, avec des strass, des trucs très brillants et tout. C’était le style de l’époque.

Franck :

Il se fera vanner pour plus tard pour ça d’ailleurs.

Driver :

Plus tard, oui. C’est trop facile d’aller chercher des photos de l’époque parce qu’il faut savoir qu’au moment où ils font ça, c’est le style et c’est bien

Franck :

C’est la tendance.

Driver :

La personne qui le vanne pour ça sait très bien que c’était le style. Sorti du contexte, oui, ça peut être bizarre, oui. Ils font ça sans trop de succès, en tout cas, il sait que c’est son truc, la musique, et qu’il ne veut faire que ça. Tout ça va l’amener jusqu’au groupe NWA où Eazy-E, illustre rappeur qui nous a quittés, qui est la personne qui utilisera les photos de son époque du World Class Wreckin’ Cru. Parce qu’à un moment ils seront en guerre, Eazy-E décide d’investir dans le rap, dans la musique.

Sachant que c’est de l’argent sale, l’argent de la drogue, c’est un revendeur de drogue. Il s’est dit : il faut que je blanchisse mon argent. On lui a proposé la musique. Il a dit : c’est une bonne idée. Du coup, tout ça amène jusqu’à ce groupe NWA dont Dr Dre fera partie en tant que rappeurs et beatmaker compositeur avec DJ Yella, comme il faut le dire. Ce sera son entrée dans le rap.

Franck :

Est-ce que son groupe ? Rappelle-moi du nom, je ne m’en souviens plus.

Driver :

World Class Wreckin’ Cru. C’est très dur à dire.

Franck :

Je n’ai pas les talents d’anglais de Driver. On remercie d’ailleurs ta prof d’anglais.

Driver :

Un peu, mais c’est un peu plus de mes voyages.

Franck :

Ce groupe-là, il fait quoi comme style de musique ?

Driver :

Il faisait du électrofunk.

Franck :

Un style rap ou encore autre chose ?

Driver :

Encore autre chose.

Franck :

Il a été à l’initiative avec son groupe de rap NWA, Niggaz Wit Attitudes pour ceux qui connaissent. À l’origine du gangsta rap.

Driver :

Ouais. Après, il n’y a pas que NWA mais ils font partie des premiers. Il y a Schoolly D si vraiment on veut parler de l’histoire. Schoolly D vient de Philadelphie, de la East Coast, qui est le premier rappeur à clamer un gang sur un morceau de rap. C’est dans ce sens-là, on va dire OK, le premier gangsta rappeur, c’est Schoolly D. Ensuite, à Los Angeles, il y a eu Ice-T notamment avec le film Colors, qui est un film sur les gangs, lui faisait la bande originale du film. Le morceau s’appelle : Colors. Il parle clairement des bloods et des crips. Il y a là, Ice-T et NWA.

Il faut savoir que la même année que NWA, il y a l’album d’Eazy-E qui sort en solo. Tout ça se mélange et c’est les débuts du gangsta rap.

Franck :

C’est, d’ailleurs, un mouvement rap qui n’existait pas quelques années auparavant. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi ça a fonctionné et comment c’est arriver ? Parce que c’est intéressant souvent sur ma chaîne YouTube. Je parle d’image de marque, de créativité et d’innovation. Là, tu l’as bien relevé. Tu as bien dit : oui, mais non Franck, ce n’est pas NWA qui a créé le gangsta rap. C’est un mec avant. Dans tous les cas, moi, je pensais que c’était NWA parce que c’est eux qui l’ont peut-être démocratisé.

Driver :

Ils l’ont popularisé, démocratisé. Surtout, ils ont eu du succès, contrairement à Schoolly D, qui reste un truc dans le milieu du rap. NWA est sorti du milieu du rap. Ils ont fait des chiffres. Quand tu fais ces chiffres-là, c’est parce que tu touches des gens qui sont en dehors des ghettos. Pourquoi ça a marché ? Je pense tout simplement parce qu’ils racontaient une autre réalité. C’est une période où le rap est vraiment contrôlé par la East Coast, notamment de New York. Ils ont d’autres choses. Il y a toute une partie du rap New-Yorkais qui est peace, love and unity. Je pense à tout ce qui est Native Tongues, tout ce qui allait amener les Jungle Brothers, qui allait emmener Tribe Called Quest, les De La Soul et tout ça. Ils ont un côté assez Peace.

Franck :

Unity.

Driver :

Voilà. De l’autre côté, toujours à New York, il y a un côté plus politique avec Public Enemy, B.D.P, le groupe de KRS One, où ils sont vraiment dans ce rap très conscient, un rap révolutionnaire, très hardcore. On a ça. En gros, il faut que tu rentres dans ces cas-là et que tu le fasses comme un New-Yorkais à ce moment-là. C’est cool. Il y a des groupes comme Run-DMC. C’est cool d’avoir ça. On va dire que tous les gens qui sont touchés par ce son hip-hop des États-Unis écoutent ça, mais ça ne raconte pas spécialement leur histoire. Le rap, c’est vraiment une musique où tu peux écrire sur ta journée, dire que j’étais à la boulangerie dans telle rue. Mais si t’es un New-Yorkais et que t’allais à la boulangerie, dans telle rue que tu cites, la rue, ce n’est pas la rue du mec de Los Angeles.

Au début, il n’y a que ça, t’écoutes ça. Mais le jour où il y a un mec de Los Angeles qui te dit : J’étais dans telle boulangerie à Los Angeles, là, tu dis : c’est ma boulangerie, je la connais.

Franck :

Tu te sens représenté.

Driver :

Ça te touche plus. Déjà, NWA, quand ils arrivent, le premier album officiel de NWA, je ne parle pas de celui NWA and the Posse. La dernière monture c’est “Straight outta Compton“. Il est déjà dans le titre de l’album.

Franck :

Ça, c’était dans le premier album ?

Driver :

Oui, juste avant il y a une espèce d’album compilation, mais le premier album du groupe NWA.

Franck :

Il marche dans la rue avec les pieds en feux.

Driver :

Ça, c’est le clip, le morceau qui s’appelle comme ça. Cet album-là, sous le titre de l’album, il y a déjà Compton. Tu habites à Los Angeles, tu sais où est Compton ?

Franck :

C’est un quartier ?

Driver :

Oui, cette ville. Ils peuvent dire : My Hood, My Neighborhood, mon quartier, ils peuvent dire ça, à leur échelle, à l’échelle américaine. Mais à l’échelle française, c’est une ville en vrai, Compton. C’est ça, c’est une Compton City ici, The City of Compton ils le disent dans California Love, The City of Compton. C’est une ville en vrai. Mais c’est dans le comté de Los Angeles, c’était compliqué pour un Français, en vrai, c’est grand comme une ville ici.

Tu viens de Los Angeles, cela te touche plus que quelqu’un qui va parler du Bronx. En plus, il y a tout l’aspect gangster. C’est un truc que je n’ai pas dit quand je parlais de New York. J’ai dit : OK, il y a le côté peace and love d’un côté.

Franck :

Il n’y avait pas de gangsters à New York à cette époque-là ?

Driver :

Il y a des gangsters à New York mais il n’y a pas le gangsta rap de New York. En vérité, quand les NWA font leurs albums et qu’ils racontent des histoires de gangsters, d’attitudes de gangsters, ça touche les gangsters de New York, ça, de Saint-Louis, d’Atlanta, du Texas.

C’est pour ça que ça reprend, c’est qu’il n’y avait pas cette branche-là. Elle manquait. Alors que NWA, je ne pense pas qu’ils se disent : il manque cette branche, donc on va le faire. Ils racontent juste les trucs qu’ils aiment dans leur quartier. Ça touche tout le monde, tous les gangsters de la ville, ça touche ceux qui aiment regarder les gangsters. Quand j’ai regardé les gangsters, c’est-à-dire des films de gangsters depuis que je suis petit.

Il y en a, je peux regarder un film, aimer, m’attacher aux personnages et tout. Il y a des gens qui ne sont pas spécialement dans le ghetto, mais qui écoutent NWA comme on regarde un film de mafieux ou avec Al Pacino et De Niro. On s’attache aux personnages. Mais là, on va s’attacher à Ice Cube, à Dre, à MC Ren, à Eazy-E. C’est ce qui fait que ça prend. Pourquoi NWA prend plus Schoolly D, par exemple, c’est parce qu’ils ont aussi un son très spécial.

Merci à Dr Dre et DJ Yella. Ils sont deux à ce moment-là à le faire, mais ils ont un son spécial. Dr Dre est déjà un génie et là, on en 1988.

Franck :

Un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.

Driver :

Ça, c’est sûr.

Franck :

Te veux dire que NWA, ils ont fait une musique qui était quelque part nichée parce qu’ils ne s’adressaient qu’à une partie de la population américaine.

Driver :

Oui.

Franck :

Avec les gens issus de la West coast et plus particulièrement de Los Angeles.

Driver :

Bien sûr, à la base, c’est niché. Mais dans la forme, c’était beaucoup plus large. Ce que je répète encore, eux, ils pensent que c’est niché parce qu’ils racontent le style de vie des bloods et des crises de gang, ganger.

Franck :

Tu peux rappeler c’est quoi bloods and crips, car autant ceux qui suivent ta chaîne vont le savoir, autant sur la mienne. Ils peuvent émettre des doutes.

Driver :

Ce sont des gangs très célèbres, tristement célèbres, des gangs meurtriers. Pourquoi je cite les bloods et les crips ? Parce que ce sont deux gangs ennemis, qui sont nés à Los Angeles, mais qui sont partout dans les États-Unis aujourd’hui, c’est-à-dire il y en a dans tout le pays. Que dire de plus à part.

Franck :

Qu’ils sont reconnaissables par les couleurs et que c’est sacré chez eux.

Driver :

Oui, les couleurs. C’est tellement évident dans ma tête et de paradoxes. Les bloods, la traduction, c’est le sang, leur couleur, c’est le rouge. Et les crips, c’est le bleu. Quand on va dans les ghettos de Los Angeles, malheureusement pas qu’à Los Angeles maintenant, comme je le dis, c’est dans tout le pays américain. Il faut faire attention aux couleurs qu’on porte. Parce que même si on ne fait pas partie de ces gangs là, si on porte ces deux couleurs-là, on peut avoir des problèmes et ça peut aller jusqu’à l’assassinat.

Je passe tous les signes de gang avec les doigts. Il faut faire très attention à ce qu’on fait avec ces mots quand on marche dans la rue. Ils racontent le style de vie de ces gens-là, des braqueurs, des dealers de drogue, des consommateurs de drogues douces pour certains et plus pour d’autres, qui ont un certain rapport avec les filles faciles. Ils racontent tout ça. C’est totalement différent de ce qui est raconté dans le rap new-yorkais à cette période-là. Quand on est extérieur à ça, qu’on comprend les paroles, on peut le voir comme un film. On se dit : ok, c’est intéressant. C’est quand le prochain épisode ? Le prochain épisode, c’est le prochain album. Tu suis les gens.

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Franck :

C’est une sorte de storytelling.

Driver :

Exactement.

Franck :

Parce qu’on l’a dit : oui, ça va parler aux gangsters ou aux mecs qui sont au-dessus du gang. Comment on va prendre l’exemple d’un petit blond qui habite à Détroit, tu te doutes pourquoi j’en parle et on en parlera dans la suite, peut se sentir concerné par un groupe de Noirs qui vivent une vie de gangster. Parce que ça n’a rien à voir. C’est comme si on voit un Chinois parler à un mec au fin fond de l’Allemagne.

Driver :

De la même façon que, quand je regarde Scarface, le film, c’est l’histoire d’un Cubain, je ne suis pas Cubain, ça va me toucher parce que l’histoire est touchante. Quand je regarde le parrain, je ne suis pas italien, ça va me toucher. C’est la même chose. C’est ce que tu racontes. Ça touche les gens ou pas. Je pense qu’à partir du moment où ça touche les gens, ils s’en foutent de savoir d’où tu viens ou quoi.

Franck :

Maintenant, c’est sûr que si NWA, ils disent : j’étais à Détroit dans tel magasin de sport, j’ai acheté quelque chose, le petit blanc de Détroit, il dit : Ah, c’est chez moi. Ça va le toucher encore plus. Mais si tu n’es pas de chez lui, tu ne cites pas chez lui. Si ton histoire est intéressante, elle est intéressante. C’est comme le cinéma. Moi quand je vais au cinéma, je ne vais pas juste regarder des films qui parlent de Sarcelles parce que j’aime Sarcelles. Je regarde tout, il y a des choses qui vont m’intéresser alors qu’elles n’ont rien à voir avec moi.

Pour résumer, tu parles de l’imaginaire qu’ils ont créé autour d’eux. Ils ont dépeint leurs mondes avec l’imaginaire qui va avec, ça a séduit d’autres personnes.

Driver :

Ouais, moi, je regardais une interview d’un rappeur de New York, du Queens qui s’appelle Noreega. Il vient d’un endroit dur de New York où il y a des gangsters. Il a dit : moi, quand j’étais plus jeune, j’écoutais NWA, je me disais : jamais de ma vie je n’irais à Compton, c’est trop dangereux. Alors que lui-même, il vient d’un endroit dangereux. Juste en écoutant la musique des NWA, il s’est fait des films et s’est dit : c’est trop, trop dangereux, alors que c’est comme chez lui, avec des codes différents. Mais c’est comme chez lui. C’est là où la musique, ça peut être un truc où ça s’attrape, tu crées la suite. Il y a des choses qui sont racontées dans l’album. Toi, tu imagines le reste. Ça devient une drogue.

Franck :

Je vais acheter un CD du genre.

Driver :

Tu veux lire les interviews des mecs ? Qu’est-ce qu’il raconte ? Est-ce qu’il va raconter plus de choses que dans l’album ? J’attends le prochain album. Ah, les mecs se barrent en solo. Je suis les solos et tout ça, c’est ça ce qui se passe. Je reviens sur Al Pacino. C’est ce qui fait que Al Pacino, un jour, il est Italien et un jour il est Cubain au cinéma. Mais tu regardes les deux, tu ne te poses même pas la question.

Franck :

Il est italien et cubain.

Driver :

Voilà. C’est ça. Les histoires, elles sont tellement bien, des prix.

Franck :

C’est l’histoire qu’ils racontent, mais c’est avec l’authenticité. Parce qu’ils l’ont vécu aussi quand même, c’est important.

Driver :

Ouais, après, ça dépend. Ils ne l’ont pas tous vécu, mais en tout cas, ça vient de chez eux. Dans le sens où, si ce n’est pas le rappeur qu’il a vécu, il a un ami qui l’a vécu. Parce que l’ami lui a raconté, il va l’écrire.

Franck :

Des années plus tard, Dr Dre s’associe avec le célèbre ou tristement célèbre, ça dépend pour ceux qui l’aiment ou pas, Suge Knight, pour créer Death Row Records. Death Row Records, pour moi, c’est le point culminant de ma vie parce que j’ai acheté tous les CD où il y avait marqué Death Row Records. Là encore, il crée un nouveau un mouvement avec le G-funk. On va rentrer un peu plus dans le détail, je vais te laisser détailler ce que c’est, qui représente une partie de la west coast. On a vu que NWA était un groupe west coast avec le gangsta rap. Est-ce que tu peux nous dire c’est quoi le G-funk ? Quels sont les signes distinctifs ? Pourquoi ça a fonctionné ?

Driver :

Le G-funk, déjà, il y a eu une bagarre pour savoir qui l’a créée. C’est entre Dr Dre, de NWA, à l’époque des NWA, et un groupe qui s’appelle Above The Law, qui était signé chez Ruthless, le label d’Eazy-E sur lequel il y avait aussi NWA. Ils bossaient très souvent ensemble, la musique de Above The Law, c’est un des membres qui s’appelle Call 187, qui faisait la musique. Il se trouve qu’il y a des questions de dates, qui a sorti le premier ? Il y a le deuxième album de Above The Law, qui s’appelle Black Mafia Life.

Franck :

Ce n’est pas avec le célèbre morceau super…

Driver :

Black Superman, ça arrive. Plus tard…

Franck :

Désolé.

Driver :

Mais c’est eux en tout cas. Dans Black Mafia Life, il y a l’apparition de ce qu’on appelle G-funk dans la forme. En vérité, NWA sur le dernier album en date des NWA qui est Niggaz4Life, il y a aussi du G-funk. C’est de la période où ils bossent tous ensemble. L’un dit : c’est moi, l’autre dit : c’est moi, mais peu importe, ça vient de ces deux-là, c’était chez Ruthless avant Death Row.

Franck :

Le Crew sait ce qu’il est, Ruthless sait ce qui est.

Driver :

Le label de Eazy-E, qui produit.

Franck :

C’est un peu technique Monsieur et Madame. Mais c’est super intéressant parce que je trouve que c’est l’exemple même d’un marché qui s’est fractionné.

Driver :

Exactement. Il y a un arbre généalogique, c’est vrai.

Franck :

Et c’est quoi le G-funk ?

Driver :

Le G-funk, en vérité, c’est gangsta funk. G le G, c’est pour gangsta. Auprès des frères, ils disent : ghetto, mais c’est gangsta funk. En gros, c’est reprendre de la funk, la réactualiser pour l’époque où c’est sorti, raconter des histoires de gangsters dessus. C’était ça. NWA, quand le premier album arrive, on n’est pas encore dans du gangsta funk, on est gangsta rap, mais ce n’est pas funky tout le temps. Alors que quand on arrive chez Death Row, le premier album qui sera produit par Death Row, c’est Chronic de Dr Dre. Là, on est totalement G-funk du début à la fin. De la funk réactualisé avec des paroles gangsta dessus, du début à la fin.

Franck :

C’est quoi les différences entre gangsta rap et G-funk ?

Driver :

La différence, c’est gangsta rap, tu n’es pas obligé de rapper sur de la funk. Je vais te donner un exemple, Fifty Cent de New York, il fait du gangsta rap. Parfois In the club, c’est funky. C’est Dr Dre qui fait la musique d’ailleurs. Là, ça va être G-funk en vrai. Mais la majorité de son album sonne assez New York, pas très funk. Mais ce qu’il dit dessus, c’est gangsta. Il fait du gangsta rap.

Franck :

Pourquoi ça a fonctionné alors, le G-funk ?

Driver :

Le G-funk, déjà moi, c’est très personnel comme théorie. Je pense que funk, c’est une musique qui fonctionnera toujours. Je ne suis pas en train de parler de chiffres de vente, mais tu mets la musique, ça ne dérange personne. Alors qu’il y a des musiques où tu dis : tu ne peux pas changer, ce n’est pas trop mon style et tout. Je pense que funk, c’est pour tout le monde et à tout moment. Un exemple, c’est une musique qui est assez vieille aujourd’hui, des groupes de funk aujourd’hui qui sortent et qui marchent, il n’y en a pas. Mais Bruno Mars, il va venir avec son Twenty four karat in the air, c’est funky à mort.

Franck :

Daft Punk, c’est funky ?

Driver :

Ça marche. Daft Punk, ils arrivent, ça marche. En vérité, Daft Punk, c’est juste qui va la faire aujourd’hui. Si tu sors le groupe des années 70 ou des années 80. Ouais, les gens ne vont pas se ruer dessus, mais un jeune qui fait de la funk aujourd’hui, ça peut marcher. Moi, j’ai cette théorie-là que, à partir du moment où il y a de la funk, c’est bon.

Maintenant, il faut savoir mettre l’image actuelle dessus, en racontant des paroles de gangsters, ils étaient actuels. C’est ce qui fait que c’était la nouvelle funk, funk de gangster, funk de kaillera, on dira en France ou quoi ? Mais voilà. Pourquoi ça a marché, parce que c’est que c’est super mélodieux, la funk. C’est dansant. Moi, mon anglais, il s’est perfectionné d’année en année. Par exemple, je pense qu’on va parler de Snoop après, il y a un morceau de Snoop qui sort en 1993, qui s’appelle : Ain’t no fun. Je ne comprends pas les paroles tout de suite, mais c’est une chanson qui me rend joyeux, juste dans la mélodie, les rythmiques. Et ça, c’est la force de la funk, rien que ça, ça fait que ça passe partout. Après plus tard, quand j’ai découvert les paroles, j’ai dit : là, c’est très salasse.

Mais c’était ça, les G-funk, c’est de dire des trucs durs, dire des trucs salaces, mais avec de la mélodie, avec de la joie de vivre. Tu vois Dr Dre quand il arrive avec the Chronic. Le premier single, c’est nothing but a g thang. Le clip, c’est un barbecue, les gens s’amusent, il y a des mecs, des filles qui jouent au volley-ball. Mais ils leur enlèvent ses soutiens-gorge. On voit les seins mais c’est brouillé. Surtout, moi, l’image qui symbolise vraiment tout ça, G-funk, c’est-à-dire des paroles de gangster sur la funk. Elle est dans ce clip. C’est le mec qui fait le barbecue, qui s’occupe de la viande. Tu le vois là, son tablier et tout. À un moment, la caméra passe derrière lui, il a un flingue dans le dos. Il a un calibre dans le dos.

Ça veut dire qu’on s’amuse mais en même temps, ça peut vite partir en vrille parce qu’on est des gangsters, on va raconter des choses de gangsters. Pour moi, la différence avec NWA, c’est que NWA ne s’amuse pas dans leur vidéo. C’est très sérieux, c’est très premier degré. On est des gangsters, on est sérieux, on ne rigole pas. Quand on passe à l’air Death Row…

Franck :

Ça explose alors ?

Driver :

Moi, je pense qu’ils amènent la fête. Dans le rap, on a ce truc de crédibilité : oui, il faut rester vrai par rapport au ghetto d’où tu viens et tout. C’est ce qui a amené les gens à être sérieux très souvent. Dès que tu faisais un peu la fête et que tu es souriant. Là, je pense par exemple à Will Smith, rappeur de Fresh Prince avec Jazzy Jeff. On lui reprochait d’être trop souriant, d’avoir un rap trop léger. LL Cool J, qui avait un côté pour les filles, il rappait beaucoup pour les filles. On lui reprochait ça.

Il y avait ce truc d’être sérieux. Death Row, ils ont réussi à amener ce truc où on fait la fête, on s’amuse, en même temps le mec qui fait la viande, il a un calibre dans le dos. On est ghetto, on est sérieux mais on s’amuse. Finalement, cette fête, elle est passée. C’est-à-dire il y a la mélodie, la joie de vivre et tout ça. En même temps, il y a le truc où on est ghetto, il y a des bloods, des crips, des gangs. C’est des gangsters qui s’amusent. Si on regarde bien les clips de Dr Dre Chronic et l’année d’après Snoop Doggy Dog, qui sort son album Doggy Style.

Si on regarde bien les clips, dans tous les clips, il y a la fête, ils s’amusent dans tous les clips. Par exemple, dans le premier album de Dre, Chronic, il y a un morceau qui s’appelle Dre day. C’est le deuxième single. C’est un morceau où il s’en prend clairement à Eazy-E, qui est son ancien producteur et ancien comparse dans NWA. Mais moi, c’est la première fois que je vois un morceau clash, comme on dit dans le rap où les gens dansent, font la fête.

En 1992, ça n’existait pas. Quand les gens t’attaquaient, ils faisaient leurs clips, ils étaient sérieux. Là, les gens dansent, il y a des parodies, des trucs et ils font un faux Eazy-E qui court, qui se fait courser par plein de gens, ça marche. Le clip, il est même marrant. Mais en vérité, ce qu’ils disent dedans, c’est dur.

Franck :

L’imagerie, qu’ils ont créée encore ?

Driver :

L’imagerie, je ne sais pas qui est derrière le marketing de ce début chez Death Row, mais c’était très fort de rendre le truc dansant, t’es heureux, il y a des filles. Le club de NWA, il n’y en avait pas.

Franck :

Ouais, ils étaient plus énervés.

Driver :

Voilà, il y a des filles, il y a de la danse de couple, tout ça. En même temps, ils disent des trucs durs.

Franck :

Encore Dr Dre. Moi, je pense, je ne sais pas si c’est lui à cent pour cent, mais il est encore dans le coup. D’où, que… bon.

Driver :

Ouais, mais il doit y être pour quelque chose.

Franck :

Il doit y être pour quelque chose, ouais. Alors qu’il n’a sorti que deux albums, Dr Dre, il a sorti the Chronic et Chronic 2001, Compton. D’ailleurs, pour moi, le dernier album, c’est Compton, c’est ça le titre de la B.O. Ce n’est pas vraiment un album, il n’a sorti que deux albums.

Franck :

Pourquoi Dr Dre, il est si iconique ? Pourquoi c’est devenu une sorte de légende alors qu’il n’a que deux albums à son actif ?

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Driver :

Pour tout ce qu’il a fait autour, il n’a fait que deux albums. Mais entre ses deux albums, il a produit énormément de gens, qui ont marqué l’histoire du rap, qui ont eu des résultats, des gros scores. Sa façon de commencer dans NWA, parce qu’on dit qu’il a deux albums. En vérité, il y a les albums NWA dans lesquels il est rappeur, c’est juste comme ça en groupe. On n’y pense pas, mais, il a deux albums avec NWA aussi, ça a marqué l’histoire. Ça a changé le rap américain. Du coup, quand il vient avec Chronic, il a changé le rap américain.

Franck :

Il l’a changé à l’époque avec NWA, il l’a changé à l’époque de Death Row.

Driver :

Ralentissant, il a ralenti le rap. Avant Dr Dre, le rap, ça allait très vite. Un gros débit, la musique qui tourne super vite. Lui, il a ralenti le truc. Premier single : Nuthin’but A G thang.

One, two, three in to the Death Row. Snoop Dogg et Dr Dre, c’est lent et ça marche. À partir de cet album là, même à New York, ils ont réinventé le rap. Il y a des NAS qui sont sortis. NAS, ce n’est pas un rapide, c’est lent en vrai, c’est Dre qui ralentit le rap américain.

Franck :

Il a influencé au-delà de la west coast.

Driver :

Il a influencé tout le pays. Chronic, ça marche dans tout le pays. Doggy Style, ça a marché et encore plus. Il a ralenti et ralenti le rap, déjà. Puis,de  pouvoir dire des paroles dures sur une musique mélodieuse, c’est Dre. Above The Law aussi, mais c’est Dre. Dre a plus de succès que Above The Law, donc on retiendra Dre.

Après, il produit Snoop parce que Death Row, on met Suge Knight devant tout le temps. Mais Death Row à la base, c’est Suge Knight et Dre. Dre a produit Snoop. Sur le premier album de Snoop, qui est un classique des classiques, il fait toutes les musiques. Snoop, il a changé le jeu parce que pour raconter des histoires de gangsters, il fallait être énervé. Snoop, il est arrivé avec la voix la plus mielleuse du rap américain à ce moment-là. Ça marche.

Franck :

Ce qui est intéressant, c’est qu’il y avait des catégories de sous-catégories des catégories. Il y le gangsta rap, le G-funk, le Laid Back, le West Coast.

Driver :

Bien sûr. Tu vois ce truc, Laid Back par exemple, on ne s’en rend pas compte, mais c’est le style de Long Beach. Dans le comté de Los Angeles, les mecs qui rappent très paresseusement dans leur flow, c’est Snoop, Warren G, The Twinz. C’est des mecs de Long Beach. À Compton, c’était plus dur.

Franck :

Qui est un quartier, Long Beach ?

Driver :

Comme Compton à l’échelle d’une ville à la française. C’est Long Beach, Domino, j’oublie Domino. Domino avec Snoop, c’est les deux premiers à sortir de Long Beach et de venir avec ce flow très chantonnait, très paresseux. Bien sûr, il y a des sous-catégories, à Compton, on n’appelle pas comme ça à la base, mais Snoop avec le succès qu’il a avec Dr Dre aux manettes. On va dire : quand tu rap comme Snoop, on va dire : tu rap comme un mec de la west coast. C’est-à-dire qu’après, toute la west coast va se mettre à rapper à peu près comme les mecs de Long Beach. Ça, c’est la période où il contrôle le jeu.

Franck :

Pourquoi le Dr Dre ? Qu’est-ce qui fait qu’il est si iconique ?

Driver :

C’est ça ce que j’allais dire. C’est qu’il y a Snoop. Mais derrière, il y aura du rap de tous les gens de Death Row qui vont sortir d’underground, même 2Pac qui va rejoindre, même si Dre, il ne fait que deux morceaux sur l’album. À ce moment-là, il est producteur de 2Pac. Ils feront All Eyez on Me, mais à ce moment-là.

Franck :

Ils vendent des millions.

Driver :

Voilà, même si ça ne dure pas longtemps. Mais il est producteur de 2Pac. Après, quand il se barre de Death Row, il crée Aftermath. Au début, il tâtonne, c’est compliqué. Puis boum ! Il sort Eminem, qui vend dans le monde entier. C’est la folie. On se dit : bon, là, ce n’est plus des coups de chance quand même, NWA. Snoop et Eminem, derrière il va te faire Fifty Cent. C’est le ras de marée dans le monde. Là, tu te dis : c’est trop. À un moment, le gangsta rap de la West Coast, il est un peu dans le creux de la vague, The Game. Ça va cartonner, plus tard. Kendrick Lamar.

Franck :

Il a le sens musical, il a le sens des affaires.

Driver :

Il sent les choses. Au début, il les construisait. Sur la fin, il n’a même plus besoin de les construire. Moi, je sais que quand il signe Kendrick Lamar. Je ne suis pas au plafond quand j’entends Kendrick Lamar, je dis : c’est un bon rappeur, mais je me dis : ça va être compliqué, comment il va le faire marcher ? Au final, ça marche quand même. Dr Dre ne fait pas une seule musique dans le premier album de Kendrick Lamar, qui sort chez Aftermath. Il supervise, donne des conseils par rapport à son vécu, par exemple, le premier single officiel de l’album de Kendrick Lamar, ça sera Swimming Pools.

C’est Dre qui va le choisir, qui va dire : il faut que tu mettes ça parce qu’il y a le sexe qui marche, mais aussi la défonce. Il en sait quelque chose. Son album, lui, s’appelait The Chronic. Quand Swimming Pools sort, un carton. Il sent les choses, il sait.

Franck :

Est-ce que ce n’est pas peut-être dû à son passé ? Il était DJ à la base.

Driver :

Ouais.

Franck :

DJ, c’est sélectionner aussi.

Driver :

Bien sûr, mais ce n’est pas tous les DJ qui deviennent grands producteurs. Donc, lui, il a vraiment un truc en plus. Même des trucs en plus. Parce que là, à ce niveau-là, c’est trop. Voilà, enchainer NWA, Snoop Dogg, Eminem, Fifty Cent, The Game, Kendrick Lamar. Tous ces mecs-là, ils ont été très importants pour le rap américain, le rap américain influence le rap mondial. Pour le monde, à chaque fois, c’est Dr Dre qui est derrière.

Moi, je suis arrivé à un moment où il signe The Game, je ne sais pas qui est The Game, mais parce que c’est Dr Dre qui l’a signé, je sais que je vais y aller. Kendrick Lamar, c’est pareil. Je l’ai entendu sur deux ou trois trucs qui ne m’avaient pas convaincu en plus. Mais comme Dre l’a signé, je sais que ça va être bien. C’est ce qui se passe, c’est devenu un tampon.

Franck :

Un gage de qualité.

Driver :

Exactement. Puis, la réputation qu’il a de bosser en studio, d’être tortionnaire un peu. Il est là. Il trifouille les sons, il reste une journée sur un petit son. J’ai vu une interview de 2Pac qui disait : il m’a fait répéter un mot 83 fois pour à la fin de choisir. Oui, celui-là, c’est le meilleur. Il dit : je ne me rendais même plus compte de la différence entre les 83 fois où j’ai dû citer le même nom. Mais lui, il entend des choses que les autres n’entendent pas. Justement, ce truc d’être pointilleux en studio, ça va nous amener vers autre chose. Je pense qu’on va en parler.

Franck :

Ce qui est intéressant dans ce que tu dis, c’est qu’il y a la qualité, je pense dans ce qu’il fait. Mais il y a aussi la légende qu’il y a autour parce que si tu racontes cette anecdote de 83 fois avant, c’est certainement vrai de ce que dit 2Pac, mais ça crée aussi une légende.

Driver :

Bien sûr. La légende, c’est que Dr Dre est perfectionniste, pointilleux, mais à l’excès. Il fatigue les rappeurs avec qui il y travaille. J’ai vu une autre interview d’Ice Cube qui disait : moi, quand je travaille avec Dr Dre, il m’envoie un son, je le prends, je ne l’enregistre plus avec lui parce qu’il me fatigue. Il me dit : recommence ça, essaye ça et tout ça. Tu n’en peux plus. T.I, il disait la même chose. Ils ne l’ont jamais lessivé comme ça. J’ai bossé avec Dre. Vraiment, il y a cette légende de Dre : perfectionniste, il rentre en studio, le temps s’arrête.

Franck :

Il en a, ça, du temps.

Driver :

C’est ça.

Franck :

Dr Dre, ce n’est pas que de la musique. C’est aussi du business. On va en parler parce que c’est important. Il a créé la marque Beats by Dre, des casques pour écouter de la musique. Est-ce que tu peux me parler de comment il a créé cette marque et surtout comment il l’a revendu un petit pactole à Apple ? Parce qu’il est devenu riche grâce à ça.

Driver :

Ouais. Déjà, il est en lien avec Monster, la marque Monster. Surtout, celui qui était le boss de Interscope, qui un label d’Universal et qui distribue Aftermath. Jimmy Iovine, qui est plus qu’un partenaire pour Dre, qui est un ami, c’est des amis, vraiment. L’un va chez l’autre, les enfants se connaissent et tout le tralala. À un moment, il y a ce plan, ce business qui arrive sur la table, de s’associer à Monster et de faire des casques.

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Franck :

Monster, c’est quoi ?

Driver :

Monster, c’est une marque de casque. Faire des casques audio, ils se disent : OK, on y va. Le truc, c’est d’appeler ça : Beats by Dre. Ça revient à ce que je te disais juste avant, c’est que tout le côté perfectionniste que Dr Dre a, il est dans ce nom. C’est un tampon. La qualité sonore des albums produits par Dr Dre, ou des morceaux produits par Dr Dre tout simplement. Ceux qui connaissent le rap, qui écoutent le rap, ils savent que quand c’est un morceau de Dre, c’est mieux mixé que les autres morceaux. Le son est meilleur.

Du coup, quand on te dit qu’il y a des casques qui vont porter le nom de Dre, tu te dis que le son va être meilleur. Donc, ils se lancent dedans. Je n’oublierai jamais, moi. C’est un pote qui l’a eu, on lui en a offert pour son anniversaire. Un jour, je le vois avec ce casque et tout. Il me dit : ouais, c’est le casque de Dre, Beats by Dre, j’ai entendu parler de cette histoire qu’il faisait des casques. Il me dit : il faut que t’écoutes. Il me met le casque dans mes oreilles et met la musique. C’était la première fois de ma vie que je mettais un casque sur mes oreilles, je n’entendais plus rien de ce qui se passait autour de moi avant qu’on ait joué de la musique. Ça veut dire que, déjà, ils avaient créé un espèce de truc, une housse, où t’es dans un cocon, tu n’es plus là.

Quand la musique part, tu n’es plus dans la ville où t’es, t’es dans le studio de la musique que t’écoutes. Alors si c’est de la musique de Compton, t’es à Compton, si c’est de New York, t’es à New York, si c’est de la musique de Pondichéry, en Inde, t’es à Pondichéry.

Driver :

Ils ont réussi à créer un truc où tu n’es plus là. Ça veut dire : j’ai écouté pendant 30 secondes, j’ai retiré le casque, j’ai fait : oh ! C’était bizarre. Là, il y a plein de casques qui font ça aujourd’hui. Mais à l’époque, c’est la première fois que, moi, j’entendais ça. Je ne suis pas un spécialiste en casque audio. D’autres te diront : il y a telle marque qui est mieux, tout ça et machin. Mais le fait que ça s’appelle Beats by Dre, et qu’il y a ce truc où t’as un certain son que tu n’avais pas avant. Ça fait décoller le truc.

Franck :

En plus, ces casques étaient plus chers, il me semble.

Driver :

Oui, ils étaient chers, mais en gros, tu t’achetais le nom de Dr Dre. On disait : c’est Dre. Vous savez comment il est perfectionniste. Là, vous allez avoir un bon son dans vos oreilles. On a vu derrière ça, il y a eu une marque qui s’est associée à Snoop, des casques en bandana bleu, Snoop était un Crips. Donc, c’est le Bleu. Il y a Dj Khaled qui a eu ces casques. Il y a pleines gens qui ont lancé des casques, personne n’a eu ce succès-là. Parce que Dre a la réputation d’être perfectionniste au niveau de la qualité sonore. Du coup, les gens ont acheté ça. Il y a plein de gens, des DJ qui me disaient : tu sais, il y a telle marque qui fait des casques avec un meilleur son que Beats by Dre.

Franck :

Tu t’en fous, toi, tu veux le casque de Dre.

Driver :

Ce n’est même pas moi, c’est les gens.

Franck :

Mais les gens en veulent.

Driver :

Ouais, mais ce n’est pas Dre. Le nom de cette marque, il n’y a pas de Dre dedans. C’est ce qui fait que le casque de Dre, il explose. Les ventes, elles sont dingues. Après, ils font leur marketing où dans tous les clips de rap, il y a des gens, ils sont là, ils ont des casques, ils écoutent de la musique Beats by Dre.

Les joueurs de foot, ici, à un moment, ils étaient tous là à la fin des matchs, interviews, ils sortent des vestiaires, ils avaient tous des Beats by Dre. Un marketing énormisé. Leurs rappeurs, qui étaient signés chez Aftermath ou pas, faisaient des morceaux exclusifs pour des publicités, pour vendre le casque et tout. C’était devenu un truc de fou. C’est remonté très haut.

Franck :

Comment ils l’ont vendu ?

Driver :

Jusqu’à ce rachat. À un moment, Apple, ils ont dit : oh ! Il va falloir qu’on discute, on veut récupérer ça. Là, les chiffres sont sortis. C’était de très gros chiffres avec, en plus, je ne sais pas d’un reversement. Je crois qu’il avait toujours un intéressement, même si ce n’est plus chez eux : Jimmy Iovine et Dre. Je me rappelle que la news est arrivée bêtement en plus. Dr Dre était avec Tyrese, qui est un chanteur de RNB, qui vient de Los Angeles, au Watts pour être précis. Il est en train de danser, en train de dire : Dr Dre est milliardaire, c’est le premier milliardaire. Tu vois sortir Dr Dre géné, du genre, mais il ne faut pas le dire. Ils devraient être bourrés ou je ne sais pas. L’autre, il balance tout. Cette vidéo, il devient viral et c’est là qu’on veut savoir (Vidéo).

Du coup, Jimmy Iovine et même, carrément, Apple, ils sont énervés. Ils disaient : ce n’est pas comme ça que ça aurait dû se faire. Ils ont failli perdre le deal à cause Tyrese et sa folie. Finalement, ils n’allaient pas s’asseoir sur un truc aussi gros. Mais ils se sont servis de cette vidéo pour annoncer et ça a été vendu à des milliards. Apple a racheté Beats by Dre à des milliards.

Franck :

C’est fou parce que quand on y pense, quand là, on fait un peu la rétrospective pour ceux qui veulent en savoir plus quand même sur la west coast, je tiens à le rappeler. Allez voir la chaîne YouTube de Driver. Il rentre plus dans les détails parce que on s’intéresse vraiment en détail à Dr Dre, mais quand on parle du début de l’interview, on parle DJ dans un quartier ghetto des Etats-Unies.

Driver :

Compton, c’est compliqué, c’est horrible. C’est super dur de vivre là-bas. Il y a des gangs partout, où on parle des bloods et des crips, mais il y a les gangs chicanos, d’où il y a des guerres de gangs partout. Tu dois faire attention à qui tu parles, comment tu t’habilles. Il finit par vendre son business à Apple à des milliards. C’est incroyable.

Franck :

C’est un ovni dans le rap maintenant.

Driver :

C’est un ovni parce que, comme je l’ai dit tout à l’heure, on parle de 1988 pour NWA, un petit peu avant pour World Class Wreckin Cru. 2021-2022, il est toujours là. Anderson Paak, Kendrick Lamar. Kendrick Lamar, il fait partie des trois plus gros artistes dans le rap aujourd’hui. Il est produit par Dr Dre. C’est dans ce sens là où ce n’est pas possible de traverser le temps comme il l’a fait. Il n’y a personne, il n’y a pas d’équivalent. C’est pour ça qu’il est si connu quand même, c’est qu’il a quelque chose pour toutes les décennies depuis les années 80. C’est incroyable.

Franck :

En arrivant, tu vois, j’étais dans la voiture et j’étais avec mon assistante qui n’écoute pas de rap, fort très peu. Il y avait quoi comme son : California Love.

Driver :

C’est lui.

Franck :

Comme tu le disais tout à l’heure, c’est un son funky, ça passe, c’était sympa et puis on chantonne.

Driver :

Ouais, c’est lui. C’est lui la musique, c’est lui qui rappe aussi avec 2PAC. Pour la petite histoire, il était tout seul à la base.

Franck :

À Dre seul.

Driver :

C’était un morceau solo de Dre, à la base. Suge Knight là dit : Bon. 2Pac, il est au boulot, vous donnez vos meilleurs morceaux à 2Pac. 2Pac a entendu California Love, il lui dit : je le veux. Du coup, ils ont enlevé deux couplets de Dr Dre et 2Pac est venu se mettre dessus

Franck :

Pour toi, c’est quoi l’ADN qui fait le succès de Dr Dre, du tout début jusqu’à aujourd’hui ? Je pense que tu dois être comme moi, tu dois le kiffer et aussi pourquoi tu le kiffes.

Driver :

Pour moi, l’ADN de son succès, c’est le travail. On comprend tout au long de cet entretien qu’on a tous les deux. On comprend que lui, il rentre en studio, il travaille pour de vrai. Il a même du mal à s’arrêter. La discipline, ça va ensemble. Surtout croire en soi. Parce que quitter Death Row, qui est une machine qui tourne énormément et se dire : Je recommence tout à zéro ? Et pour le coup, vraiment à zéro. Il n’a pas revendu ses parts à Suge Knight. Suge Knight ne l’aurait jamais payé. Il a tout laissé et s’est dit : je vais remonter mon truc ailleurs.

Il faut vraiment croire en toi, parce que tu laisses une grosse machine. Je pense qu’il a toujours cru en lui, il savait qu’il était la pierre angulaire de tous les labels avec qui il a travaillé, de tout ce qu’il a fait avant. Il savait que c’était lui, tout venait de lui. Je pense que c’est de la confiance en lui-même. J’imagine que durant sa carrière, il a dû avoir des moments de doute et tout, mais à chaque fois, il revient, il croit en lui.

Franck :

Ça marche.

Driver :

Ça marche. Puis, le gars, il est talentueux, il est doué. Il sent les choses. Il sent vraiment choses.

Franck :

Est-ce que tu peux rappeler pourquoi il a quitté Death Row ? Parce que ceux qui ne s’intéressent pas trop au rap, mais je pense que vous devriez regarder un petit peu plus sa chaîne Driver si vous vous intéressez à ça. Parce que pour moi, c’est vraiment un exemple. C’est à l’époque Death Row, c’est donc sur la côte ouest, le couloir de la mort, c’est là où on exécute les personnes qui vont sur la chaise électrique. Death Row, encore, c’est le plus gros label, il cartonne de fou avec Snoop Dogg, Dr Dre, 2Pac dans une moindre mesure mais qui cartonne quand même. C’est vraiment le gros truc et Dre s’en va. Pourquoi il s’en va ?

Driver :

Suge Knight, à la base, c’est un garde du corps. À l’époque de NWA, il veut être garde du corps de NWA. Ça ne se fait pas parce qu’il ne s’entend pas avec eazy-E avec et Jerry Heller, qui est l’associé d’Eazy-E. Mais il arrive à être garde du corps de D.O.C, qui est un autre rappeur qui a signé chez Ruthless.

Franck :

Ça en fait des noms.

Driver :

Ouais, et qui est très proche de Dr Dre. Il se trouve que ce D.O.C a eu un accident de voiture qui, bizarrement, lui coûtera ses cordes vocales. Il ne pourra plus vraiment sortir d’album. Il en sortira avec une voix très spéciale. À partir de ce moment-là, Eazy-E ne paye pas, correctement, les gens qui sont signés sur son label Ruthless, dont Dr Dre. Ice Cube est déjà parti de NWA pour ces raisons-là. Il quitte Ruthless. Suge Knight qui est garde du corps à ce moment-là, dit a Dre : t’es le meilleur. NWA, ça tient grâce à toi, viens, on se barre, on crée notre propre truc. Ils se barrent de Ruthless et créent Death Row.

À ce moment-là, en vérité, Suge Knight, il est dévoué à Dre, il fait tout pour que Dre se sente bien. Sauf que dès qu’il y a le succès de l’album de Dre, le succès de l’album de Snoop Dogg juste après, Suge Knight change. Il devient l’homme qui est devant. Dre, il est en retrait. Il n’est plus dévoué à Dre. Il commence à prendre les décisions, des décisions où il ne paye pas les gens lui aussi. Ce qui est reproché à Eazy-E et dont Dr Dre, qui ne touchait pas tout l’argent qu’il aurait dû toucher. Snoop ne touchait pas l’argent qu’il aurait dû toucher. Tous les artistes qui étaient là-bas ne touchaient pas l’argent qu’ils auraient dû toucher.

Au bout d’un moment, Dre, il se dit : il faut que je parte. Après, il y a d’autres bruits de couloir, qui disent aussi que Dr Dre avait une petite amie chanteuse, qui était aussi signée chez Ruthless. Elle s’appelle Michel’Le, il l’a ramené dans son entourage quand il a signé chez Death Row, enfin, quand il a créé Death Row avec Suge Knight. Et Suge Knight aurait couché avec Michel’Le, il a décidé de signer Michel’Le sur le label. Là ou Dre, il disait : attends, je ne veux pas la voir sur notre label. Suge Knight lui dit : c’est moi qui décide.

À partir de ce moment-là, quand on dit : c’est toi qui décides et que physiquement, tu sens que tu ne peux pas répondre à la personne, parce que Suge Knight était quand même une armoire à glace. Il s’est dit : je me barre, c’est trop. Je ne suis pas payé comme je devrai être payé. Mon associé se tape mon ex-petit amie, parce qu’à ce moment-là, c’était son ex. Mais quand même, on a des codes chez les mecs. Tu ne touches pas à mon ex si t’es mon pote. En plus, il veut la signer alors que, moi, je ne veux plus la voir. C’est trop, et il s’est barré.

Franck :

Écoute. Merci beaucoup. Dans tous les cas pour cet entretien Driver. C’était vraiment super de t’avoir sur la chaîne, surtout d’avoir une qualité de réponse qui était vraiment impeccable.

Driver :

Merci à toi.

Franck :

Je vais te laisser le mot de la fin. J’ai l’habitude de dire ça aux personnes qui sont dans mes entretiens. Le mot de la fin, tu dis ce que tu veux.

Driver :

Ben ! Si vous ne connaissez pas Dr Dre. Penchez-vous vraiment sur toute sa carrière. Faites-le chronologiquement, comme ça, vous verrez vraiment l’évolution. Vous comprendrez que ce mec là, est là depuis toujours et que ça n’existe pas. Il n’y a pas de précédent.

Franck :

Merci beaucoup Driver pour la qualité de tes réponses. Puis, je vais rebondir sur ce que tu viens de dire par rapport au travail de Dr Dre, puisque tu as dit que c’était un acharné. Il ne faut pas oublier une chose, c’est que le talent, sans travail n’est qu’une sale manie.

Driver :

J’ai mieux que ça : Ne soyez jamais l’énième copie d’une copie, sinon vous vous transformez en photocopieur.

Si vous souhaitez voir l’intégralité de l’interview de Driver, cliquez sur l’image juste en dessous :

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